Andromaque
Avoir et être - Yves Duteil
“Parmi mes meilleurs auxiliairesIl est deux verbes originauxAvoir et Être étaient deux frèresQue j’ai connus dès le berceau
Bien qu’opposés de caractèresOn pouvait les croire jumeauxTant leur histoire est singulièreMais ces deux frères étaient rivauxCe qu’Avoir aurait voulu êtreÊtre voulait toujours l’avoirÀ ne vouloir ni dieu ni maîtreLe verbe Être s’est fait avoirSon frère Avoir était en banqueEt faisait un grand numéroAlors qu’Être, toujours en manqueSouffrait beaucoup dans son egoPendant qu’Être apprenait à lireEt faisait ses humanitésDe son côté sans rien lui direAvoir apprenait à compterEt il amassait des fortunesEn avoirs, en liquiditésPendant qu’Être, un peu dans la luneS’était laissé déposséderAvoir était ostentatoireLorsqu’il se montrait généreuxÊtre en revanche, et c’est notoireEst bien souvent présomptueuxAvoir voyage en classe AffairesIl met tous ses titres à l’abriAlors qu’Être est plus débonnaireIl ne gardera rien pour luiSa richesse est tout impérialeCe sont les choses de l’espritLe verbe Être est tout en pudeurEt sa noblesse est à ce prixUn jour à force de chimèresPour parvenir à un accordEntre verbes ça peut se faireIls conjuguèrent leurs effortsEt pour ne pas perdre la faceAu milieu des mots rassemblésIls se sont répartis les tâchesPour enfin se réconcilierLe verbe Avoir a besoin d’ÊtreParce qu’être c’est existerLe verbe Être a besoin d’avoirsPour enrichir ses bons côtésEt de palabres interminablesEn arguties alambiquéesNos deux frères inséparablesOnt pu être et avoir été.”

Avoir et être - Yves Duteil

Parmi mes meilleurs auxiliaires
Il est deux verbes originaux
Avoir et Être étaient deux frères
Que j’ai connus dès le berceau


Bien qu’opposés de caractères
On pouvait les croire jumeaux
Tant leur histoire est singulière
Mais ces deux frères étaient rivaux

Ce qu’Avoir aurait voulu être
Être voulait toujours l’avoir
À ne vouloir ni dieu ni maître
Le verbe Être s’est fait avoir

Son frère Avoir était en banque
Et faisait un grand numéro
Alors qu’Être, toujours en manque
Souffrait beaucoup dans son ego

Pendant qu’Être apprenait à lire
Et faisait ses humanités
De son côté sans rien lui dire
Avoir apprenait à compter

Et il amassait des fortunes
En avoirs, en liquidités
Pendant qu’Être, un peu dans la lune
S’était laissé déposséder

Avoir était ostentatoire
Lorsqu’il se montrait généreux
Être en revanche, et c’est notoire
Est bien souvent présomptueux

Avoir voyage en classe Affaires
Il met tous ses titres à l’abri
Alors qu’Être est plus débonnaire
Il ne gardera rien pour lui

Sa richesse est tout impériale
Ce sont les choses de l’esprit
Le verbe Être est tout en pudeur
Et sa noblesse est à ce prix

Un jour à force de chimères
Pour parvenir à un accord
Entre verbes ça peut se faire
Ils conjuguèrent leurs efforts

Et pour ne pas perdre la face
Au milieu des mots rassemblés
Ils se sont répartis les tâches
Pour enfin se réconcilier

Le verbe Avoir a besoin d’Être
Parce qu’être c’est exister
Le verbe Être a besoin d’avoirs
Pour enrichir ses bons côtés

Et de palabres interminables
En arguties alambiquées
Nos deux frères inséparables
Ont pu être et avoir été.”

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